04 juillet 2008
Des trains pris, repris, des planchers inconnus foulés, des visages nouveaux, un lit de fortune, les heures qui tournent, la lecture dans l'après-midi, la fumée, le balcon, nos rires, la musique dans nos oreilles, les sachets. Quelques jours que je ne suis plus vraiment chez moi mais ailleurs, partout, n'importe où. Quelques mots gribouillés avant de refaire mon sac et de claquer la porte. Ma langue sur la bande humide de la feuille, les séries, le soleil, la tête légère, en fumée. Il y a des constatations comme ça qui sont comme des platanes que tu te prends dans la tronche. Depuis deux ans, je suis sortie avec plein de garçons et aucun ne m'aimait. Le problème avec ce genre de bilan c'est qu'une fois entre les mains, tu ne sais pas trop quoi en faire. Déjà, ne pas le laisser planter ses griffes noires de tristesse dans ma peau.
30 juin 2008
Je deviens folle.
28 juin 2008
Machine Gun
Il faut écrire la fureur avant qu'elle ne déserte, avant qu'elle ne pourrisse (à) l'intérieur. Il faut dire la rage et l'incompréhension, l'incapacité, l'impuissance et le désarroi immense devant la lave qui ébouillante mes veines. Il faut la cracher avant qu'elle ne m'étrangle. Il y a quelques années, quand j'ai décidé que je voulais perdre du poids, j'ignorais que j'étais en train de me nouer une corde autour du cou à laquelle je ne cesserais jamais de me pendre. L'autre jour, je me suis mise à pleurer devant l'écran, je ne sais plus pourquoi. Je ne le savais pas non plus à ce moment là. Mais je pleurais fort. C'est parce que c'est un peu lourd, parfois. Ce qui s'est passé il y a quatre ans, ma mère, le reste, le vide, le plein. Toutes ces griffes qui m'égratignent les parois du crâne. Et j'avale les livres comme des pilules. Le dernier album de Portishead tourne. Les sons lancinants portent mes pensées à bout de notes. J'ai rempli mon dossier d'inscription pour l'année prochaine. Mardi je vais visiter un appartement pour une colocation. Mercredi, normalement, je dois prendre le train et partir. Seule. Lire, écrire, réviser. Je suis une entité creuse. Creuse d'être, au final, trop éparpillée. Quand il dit J'avais sous-estimé le poids de ton passé. Ainsi, ce qu'il me serait arrivé serait vraiment grave. J'ai détesté ses mots parce qu'ils étaient lourds. Ce n'est pas que je refuse de voir la situation, j'ai juste assez donné. Je l'ai vécu, maintenant il faut passer à autre chose. Il faut bien que je me décolle de ça. J'ai le droit d'avancer maintenant non ? J'ai détesté ses mots parce qu'ils m'ont rappelé que ça ne s'en va jamais. Mes parents, leur détachement. Ils n'ont pas réussi à me gérer, ils n'ont jamais su. Je leur échappe. Ce n'est pas moi qui le dit. Alors, toute seule. Faire face, toute seule. Etre forte pour dix milliards de gens. Ne pas avoir de filets, de mains qui retiennent, qui rassurent, qui soutiennent. Je les déteste pour les trous dans mon ventre. Je les déteste parce que je suis bancale, parce que ma tête trébuche, parce que je ne sais pas tenir droite. Et puis ensuite. La violence. Les affres du silence et des cailloux dans les yeux. Je suis partie à Londres avec ma mère et; ça m'a simplement fait prendre conscience que nous avions passé le dernier palier. Celui au-delà duquel ce n'est plus réparable. Nous sommes deux étrangères liées par le sang. Etonnant. Le temps et la distance adouciront nos rapports. J'avais le sentiment de ne pas la comprendre et l'impression qu'elle ne me connaissait pas.
Tout ça, tu vois, Tout. Ca.
Ce qui me rend folle, ce qui me rend malade, ce qui m'écartèle c'est que je ne peux pas m'empêcher de penser, au fond, que je l'ai bien cherché. C'est pour ça que je fuis, de toutes les manières possibles. Parce que sinon je m'arracherais la peau.
24 juin 2008
Rester vivant
Je voudrais pouvoir me dire que ça y est, je me suis poussée à bout, que je peux arrêter maintenant. Je voudrais appuyer sur Pause, suspendre les heures le temps d'un souffle profond. La migraine qui m'agrippe durant la nuit, la douleur sous le front, le sommeil complètement défoncé, mon visage défait au réveil. Hier soir, il se faisait plus insistant et mon corps s'est raidi parce que je ne voulais pas. Et j'ai eu envie de pleurer, je crois, ou pas, parce que je suis emmêlée et qu'il va falloir tout détruire à nouveau. J'ai l'impression d'être un courant d'air qui entre dans les vies puis qui s'en va, ou que l'on balaie. Il est des moments où tu ne te sens pas suffisant et je voudrais m'excuser pour tout, pour rien. Pour tout. Il me disait hier qu'il faudrait que j'apprenne à aimer mon corps mais jamais de la vie. Tout est de sa faute, tu comprends. Il ne m'a attiré que des ennuis. Il ne me sert à rien sinon à incarner les gouffres dans lesquels j'ai pu tombés. Et je voudrais m'excuser, encore, parce que non je ne suis pas suffisante, non je ne fais pas le poids et non vous vous trompez, je ne suis pas à la hauteur. Bulle me disait l'autre soir que j'étais pure et j'ai trébuché parce que c'est faux, totalement faux. Je lui ai rappelé les corps, les coups, la folie, la fureur. Il m'a répondu que ça ne comptait pas. Il m'a dit que j'étais pure parce que je n'avais jamais pensé à mal. Et les failles ont tressailli à l'intérieur. J'essaye de faire de mon mieux mais ça ne fonctionne jamais. Ce n'est jamais assez. Pourtant j'essaie, je m'évertue mais je ne sais pas vivre correctement. Il est des moments où tu ne sais plus quoi faire. Où tu voudrais que l'on murmure et qu'on te prenne dans ses bras. Le temps de renoncer. Au lieu de t'émietter à l'intérieur, comme ça, tout le temps. Au lieu de pleurer toute seule sous le vacarme de la musique qui tu as mise trop fort.
22 juin 2008
Et l'on recommence à conclure des pactes avec soi-même. Immanquablement, inlassablement. Comme si l'on rejetais l'éventualité d'une certaine inéluctabilité dans son existence. Comme si l'on décidait de bifurquer complètement, de recommencer du tout au tout parce que le libre-arbitre. Je pense que nous sommes naïfs. Ce sont des pactes que l'on trahira. Ou qui nous détruiront. Dans mon cas, ça a toujours été un des deux. On se fixe des objectifs, on décide d'être sérieux, de reprendre en main. Mais il me semble qu'on finit tous par décrocher. Soit par manque de courage, soit parce que nos objectifs sont hors d'atteinte. J'ai fait appel à ma mémoire pour tenter de me souvenir si, une fois, mes serments avaient tenus. Oui. Mais tout se paye et. Je crois que je n'étais plus vraiment vivante à cette époque. J'étais comme je le désirais, du moins je tendais vers ma représentation mais les monceaux de ruines à l'intérieur. L'intransigeance assèche. Je ne sais pas trop pourquoi j'ai ce goût amer dans la bouche. Quand tu empruntes une rue et que tu sais que ce n'est pas la bonne direction mais que tu ignores où aller. C'est un peu ça ce qui me reste en-travers de la gorge. J'ai conclu de nouveaux pactes derrière mes yeux. J'ignore où ils vont me mener. Ils me tireront vers le haut, je pense, mais. J'ai toujours eu tendance à payer de ma personne. Les gens s'accordent à dire que je ne suis pas une personne mesurée. Mon exigence est implacable, je le sais. Je suis incapable de faire les choses à moitié, dus-je pour cela flirter avec l'extrême. Il est probable qu'aujourd'hui je sois tombée assez bas pour me mépriser complètement et sursauter. C'est de cela dont je parlais quand je mentionnais le point de non-retour. Celui où tu ne te vois pas tomber plus bas sous peine de te haïr totalement. J'ai redressé la barre. Je redoute le chemin vers lequel je suis sur le point de m'engager. Mes mots sont vides.
17 juin 2008
Les pupilles en tête d'épingle.
C'est avec un détachement apeuré et inquiétant que je traverse les jours.
Je me demande jusqu'où le détachement peut aller et à quel moment il n'est plus possible d'en revenir. Ce qu'il m'en coûtera, aussi.
Je suis le cobaye de mon expérience. Pour changer.
Ma petite sœur me parle de cette fille à l'école qui lui a proposé un rail de coke.
C'est plus fort que moi, ma voix se durcit. Je deviens méchante, je crache entre mes dents mais pour qui elle se prend ? Je rajoute tout bas tu ne veux pas finir comme ta sœur quand même. Je lui assène des lieux communs désespérants, des discours moralisateurs dignes de curés ancestraux, le bordel sur la dépendance, la chute. Et je me trouve sale parce que je ne crois pas en ce que je dis. Le bordel sur la dépendance, la chute, et je me regarde. Tu ne veux pas finir comme ta sœur quand même.
Même si c'est faux.
Parce que moi non.Sauf en ce moment.
Je suis soft, en fait. Ce qui me donne l'impression de glisser, c'est parce que tout s'émiette en permanence à l'intérieur.
Honnêtement, je ne sais pas comment saisir le temps qui passe.
Je lui disais il faut juste que je me ressaisisse. Elle m'a répondu qu'il ne fallait pas attendre que ça vienne et j'ai rétorqué sèchement parce que Oui merci je sais. J'ai ajouté que c'était plus compliqué que ça. Mais j'ai menti.
On en revient à cette question de courage.
Ce n'est pas que j'ignore comment saisir le temps qui passe.
C'est que je n'en ai pas le cran.
Je l'écris et le réécris et.
Ca ne change strictement rien.
Edit : J'ai relu quelques notes. Celles où mon appréhension pour l'année prochaine est à chaque ligne. Ca me tord le ventre parce que j'ai attendu ça tellement longtemps et. Aujourd'hui mon comportement est complètement indigne et irrespectueux de cette période. C'est trop facile de geindre et de pleurer, d'emmerder tout le monde avec ses histoires à la con pour ensuite tout balayer vulgairement et se lamenter à nouveau. En oubliant. Non, justement non. Si tu as peur, tu te tais. Tu n'as pas le droit de te plaindre. Pas quand le dénouement est une opportunité comme celle-ci. Pas quand tu as ce que voulais. C'est du caprice, de la veulerie. C'est trahir cette enfant qui se rongeait les sangs face à l'incertitude. Tu ne peux pas lui faire ça, pas à elle. Elle a beaucoup trop tremblé. Tu n'as pas le droit.
- J'ai fini Les amants du n'importe quoi de F. Zeller et, ça ressemble quand même beaucoup à L'insoutenable légèreté de l'être de M. Kundera. Quand même. Ca m'a sauté aux yeux, même si cela reste deux auteurs donc deux styles distincts.
- Depuis vendredi, nous avions pris l'habitude de nous exiler sur un parking et de fumer dans sa voiture. Il est parti dimanche, un garçon au boulot, la fin de son contrat. Je ne le reverrais sûrement pas, il est trop timide, je crois. Sa façon de me demander, en évitant mes yeux, si quelqu'un me ramène ce soir. Et samedi, il était sorti avant moi et ça m'a fait plaisir de m'asseoir dans la voiture de quelqu'un qui m'attendait. Qui m'attendait moi. C'était une sensation étrange ; agréable. Ses yeux se ferment lorsqu'il rit. Il va me manquer, c'est bête. Ils vont tous me manquer.
- J'ai commencé Sagan à toute allure et je suis surprise parce que l'auteur ne rapporte pas platement les faits descriptifs de la vie de l'écrivain française. Non, c'est très bien écrit, très joliment.
- J'ai eu un éclair dans ma tête et je me suis dit qu'il fallait que je parte là, avant les vacances, juste un week-end. Et puis, ça m'est tombé dessus, en fin de soirée. Le fait que ca ne sert à rien de partir. Pas pour ces raisons-là. Parce que ça n'effacerait rien et que le retour serait trop rude. Je pars à Londres la semaine prochaine. Et puis en juillet, m'exiler quelques jours sur la côte bretonne. Seule, ou bien. Je n'en sais rien.
- Parfois, je me fais la réflexion en journée que. Je suis vraiment en train de me casser la gueule. Je me demande si c'est vraiment nécessaire ou si c'est une entourloupe de ma part pour repousser le moment où je devrais réellement me mettre aux révisions. En me disant que c'est un processus, je ne fais qu'assister avec un oeil morne à ma chute lente et ridicule. Lâche.
- Je crois que, là maintenant tout de suite, je vais enfiler un pantalon et aller fumer dans la nuit.
Oui, je crois que je vais faire ça.
edit : Et puis non.
14 juin 2008
Non, je n'ai rien à dire.
Juste, je me baladais, je suis allée chez cette demoiselle et j'y ai trouvé des musiques vraiment très belles, du genre de mélodie qui s'infiltre sous ta peau et qui renverse à l'intérieur. Je vous le fais partager parce que certaines valent vraiment le coup et puis des chansons de ce genre, c'est assez dur à dénicher dans les circuits classiques.
Voilà.
13 juin 2008
Pensée inopinée
Depuis que j'ai arrêté l'E*SCA (non ce n'est pas un sujet récurrent chez moi), depuis que je suis sortie du cadre, j'ai pris mes aises dans mon nouvel espace. J'ai vécu un peu comme je voulais. Beaucoup même. Il y a eu des semaines où je ne posais presque pas un pied chez moi, une culotte dans le sac avec ma brosse à dents, ma carte de transports, mon mp3, roule. Loin. Les semaines où le rythme de vie n'en est même plus un. Trop désarticulé. Je me dis que heureusement il y a eu le boulot trouvé en février pour garder quelques uns de mes orteils dans la réalité. Les jours qui se suivent, le silence intérieur parfois, les balades en solitaire, les cinémas, les cafés, les pieds qu'on fait avancer l'un après l'autre, les perditions au milieu des rayonnages de livres. Tout ce temps passé, seule. La musique à fond, avec des céréales. Les garçons. Les soirées infiniment alcoolisées, les rencontres, les discussions, les gens qui posent la main sur mon épaule quand ils me font la bise. Tant de nouveaux visages. Le joint qu'on me passe, la découverte, le gouffre effleuré parfois. Les joints que j'ai pu roulés, ceux que je roule encore aujourd'hui, du coup, parfois. Rarement, en fait, je crois. Pour les mauvaises raisons. Comme à chaque fois. Pour fuir. Se vider de. Oublier. Je me regarde aujourd'hui et je me trouve dépareillée. Comme une multitude de choses qui déborderaient d'un sac. J'ai touché à tellement de choses différentes. Je me suis éparpillée un peu partout, perdue aussi, sans doute, un peu en route. La vie comme un saut dans le vide. Toutes sortes d'expériences entre mes mains. Mille apports à ma personne qui l'ont légèrement transfigurée. Une autre façon de dire que cette année m'a changée. Je n'emploie pas le mot mûrir parce qu'il a une connotation positive et que je ne sais pas. Si c'est positif. Mais il me semble que oui. Ma vue s'est élargie. J'ai passé tellement de temps avec moi, en fait. J'ai entièrement vécu par moi-même. Tout s'est engouffré à l'intérieur et a poussé les murs, forcément. A l'intérieur, je sens que des choses ont bougé.
Tout ça pour dire que je me suis faite une réflexion tout à l'heure. A savoir que je ne sais pas trop comment mon dépareillement et moi-même allons pouvoir nous intégrer dans une quelconque structure. Parce que, je viens de réaliser, les classes préparatoires, c'est quand même très structuré.
12 juin 2008
C'est une journée sans saveur. La pluie s'ébruite sur les vitres, il fait gris. Il fait gris et je ne me souviens plus des journées précédentes. Quand tout te traverse mais que tu ne retiens rien, un moment, tu te lèves et tu es vide, tu sais. Ma sœur est prise. Ma pile de livres à lire ne cesse de s'allonger. Hier j'ai fini Les particules élémentaires et j'ai entamé F. Zeller. Je crois que j'approche de la pente glissante. Le point de rupture, de non-retour. Il faut que je m'effrite en mille morceaux pour pouvoir ensuite être autre. Immanquablement, je vais basculer dans un autre univers quand je vais me décider à récupérer le niveau. Nouveau rythme, nouveau programme, nouveaux objectifs. Je crois que ça me fait peur alors je laisse tout en chantier. Ma chambre est dans un tel état, j'ai commencé à la ranger hier et, je n'ai même pas pu dormir dedans. J'ai installé un matelas au pied du lit de ma soeur. J'écris et Radiohead hurle dans mes écouteurs. Pourtant j'en ai des choses à faire putain. Mais je n'arrive pas à faire le premier pas, je suis paralysée. Mardi soir, je suis allée chez M. et je suis repartie avec un sachet. C'est pour mieux apprendre à fuir. Mais ce n'est pas la solution, ce n'est pas ce qu'il faut faire. La raison babille dans ma tête et mes gestes restent raides. Hier, nous sommes allées au restaurant. Je me suis levée ce matin et j'étais vide. D'ailleurs, je n'ai rien à dire, en vrai. La semaine prochaine sera remplie. La semaine prochaine, il faudra réapprendre à marcher. Il me semble que je n'ai pas envie d'achever mon rangement parce qu'une fois que mon bureau sera dégagé, je n'aurais pas d'excuses pour ne pas y déposer mes cours précédents et. J'ai peur de ne rien y comprendre, peur d'avoir les yeux et l'esprit qui trébuchent, peur de voir que ça ne marchera jamais. D'en avoir la preuve, d'être au pied du mur. Alors je monte le son, ferme les yeux et m'embrume la tête. C'est beaucoup plus courageux. Je n'ai jamais dit que j'étais courageuse. Mon été sera ou ne sera pas et. En posant les yeux sur mon avant-bras, je me suis dit quand même. Quand même ma pauvre fille, ce que tu peux être abimée. Je crois que je perds un peu les pédales mais c'est normal. Je vais me casser la gueule pour pouvoir me relever. Me relever et entamer de nouveaux pas. Il va bien falloir, de toute façon. C'est ce que je me dis. C'est ridicule de repousser les échéances ainsi. Parce qu'à un moment, tu les auras sous le nez, sous la gorge et tu ne pourras plus fuir. Je voudrais être assez forte pour le comprendre vraiment et effectuer mon changement de trajectoire ; avant. Non, vraiment, je n'ai jamais dit que j'étais courageuse.